– Histoires de rue –

 

Automne 2016
Ce matin j’ai mis un jean, un pull, des baskets, mon manteau qui m’arrive aux cuisses et une grosse écharpe pour affronter le froid.
7h56 – Je descends du bus. Il y a ce type, d’une quarantaine d’années. Il est souvent là debout, au même endroit, à la même heure. Il me fixe dès que je descends du bus jusqu’à ce que je ne sois plus qu’une petite tâche, au loin. Je le sais parce que la première fois que je l’ai vu je me suis retournée au moins 4, 5 fois, et il me fixait encore, toujours. Il est très grand, il ne semble attendre personne en plein milieu du trottoir, seul. Il me fait peur. Tous les matins je passe devant lui désormais, mais il n’a plus l’air si bizarre que ça finalement, tant qu’il ne m’embête pas.
16h36 – Il fait toujours aussi froid ! Heureusement, l’arrêt de bus n’est qu’à quelques pas. Un vieux Scenic vert roule à contre sens. L’homme ralentit, ouvre sa fenêtre lorsqu’il se trouve à ma hauteur puis mord sa lèvre inférieure. Il me fait un grand sourire, me balance deux trois mots que j’assimilerais plus à de la vulgarité qu’à d’agréables flatteries et continu à avancer, lentement. Alors je prends mon courage à deux mains, me retourne et… lui présente mon majeur. Il paraît que ça n’est pas très joli de la part d’une jeune fille ?! Mais quels « *onnards !!!! » aussi ?!

 

Septembre 2016
Il faisait encore beau, il faisait encore chaud.
Je portais une robe avec des converses jaunes malgré mon bronzage quasi inexistant…arf, la pâleur. J’arrive au coin de ma rue. Un voisin, plutôt éloigné, discute avec un autre homme. Ils se retournent et me contemplent de bas en haut avec des hochements de tête et des gestes faciles à comprendre, qui signifient très certainement quelque chose comme « Olala t’es sacrément mignonne, vas-y retourne toi pour voir ?! ». Dis mètres plus loin, je me retourne : ils s’étaient décalés pour m’admirer davantage. Non mais je rêve ? Mais cela ne leur suffit pas, non, ils continuent leur cinéma tout en rigolant.
Choquée par ce monsieur que je croise depuis longtemps maintenant et trouvais jusqu’ici très sympathique, j’ai très vite fait demi-tour de trois mètres environ et lui ai expliqué que je pourrais être sa petite fille, avant de lui lancer une vulgarité. Est-ce encore une fois intelligent ? Je ne pense pas. Mais ce sont mes seules armes de défense.

 

Foutez-moi la paix !
Non, ce jour-là je n’étais pas de celles qui raffolent de vos klaxons, de vos répliques repoussantes, de vos vulgarités, de votre manque de respect.
Je n’ai pas cherché à attirer l’attention de qui que ce soit. A aucun moment je n’ai laissé transparaître un désir, quel qu’il soit, pour vos yeux de gros pervers. A aucun moment je n’ai voulu recevoir de votre bouche des sifflements comme on sifflerait un animal perdu. A aucun moment je ne vous ai appelé, cherché du regard. Vos envies ne regardent que vous, tout comme les miennes ne regardent que moi, seulement moi.
& bien que j’ai été emmitouflée au possible par ces températures glaçantes, je me permets de parler au nom de l’ensemble des femmes victimes de harcèlement de rue au quotidien : Jean, short, jupe, robe, avec ou sans collants, bottes, ballerines, avec ou sans talons, t-shirt, débardeur, col roulé et autres vêtements, toutes catégories confondues, FOUTEZ-NOUS LA PAIX ! Comme je le dis : une fille en jupe est en jupe comme un garçon en short est en short. Pour autant, on ne vous siffle pas.
Depuis cette fameuse journée et tous les jours qui ont suivi, j’ai développé une haine de plus en plus forte pour ces énergumènes que j’ai pu croiser le matin en allant travailler et le soir en rentrant à la maison. Je ne travaille pourtant pas bien loin de chez moi : 10 minutes de bus, 10 minutes de marche. Mais quasiment tous les jours, certains ressentent le besoin systématique d’exprimer leurs envies, leurs pensées. Qu’en est-il de celles qui affrontent des heures et des heures de transports en commun ?! Mesdames, je vous admire.
 
Maintenant, j’ai peur.
J’ai peur dans le RER A, métro et lieux de vie en tous genres.
J’ai peur de me faire agresser. J’ai peur de subir une de ces exhibitions forcées dont je ne veux pas. Combien de femmes se sont-elles déjà fait « toucher », ou encore « frotter » dans le métro ? Cela a dû m’arriver plus de cinq fois déjà, est-ce normal ?
Malheureusement non et aujourd’hui, d’après le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes : 100% des femmes déclarent avoir déjà été victimes d’une forme de harcèlement sexuel au moins une fois dans leur vie dans les transports en commun.(*) Cela allant d’une simple remarque, d’un sifflement à une agression sexuelle. C’est énorme. 
J’ai décidé d’agir. J’ai décidé de ne jamais me laisser faire. Bien sûr, il est facile de se plaindre, toujours plus difficile d’agir. Mais désormais je ne veux plus subir ce harcèlement comme un fait ancré dans les « normes » car de ces agissements rien n’est « normal ».

 

Réagir, donner la parole, se défendre soi-même ou défendre les autres : un grand combat dans un quotidien de vie ordinaire.
Une fois, deux fois… et trois fois de trop.
Ça arrive à tout le monde, à tout âge. Plus ou moins violemment et certaines fois de façon beaucoup plus grave et traumatisante. Cela va d’une simple interpellation à des violences physiques, sexuelles. Cela nous touche toutes, que l’on porte une robe ou non, pas de stigmatisations. Je suis révoltée par l’ampleur du harcèlement de rue, par les personnes qui assistent à ce genre de scènes et n’ont pas le cran de faire ravaler la salive à ces types qui intimident trop souvent les femmes. Parce que nous sommes plus fragiles, parce que nous n’avons pas la même force physique pour nous défendre, ce ne sont pas des raisons. Les filles, n’ayez crainte.  Demandez bien fort à cette personne de cesser de vous importuner en vous collant de trop près, ou encore en vous posant autant de questions, toujours plus près. C’est en osant et en rétorquant un beau NON que votre interlocuteur comprendra. Du mois je l’espère, un jour.
Alors oui, je porte des jeans, je porte des baskets, mais j’adore par-dessus tout porter des robes et des talons ! Nous sommes tous libres de faire des choix, nos choix. De décider de la façon dont nous voulons nous habiller, de choisir un itinéraire à notre bon vouloir. Sachez que ce n’est pas aujourd’hui et encore moins demain que cela changera !
Bien sûr et soyons clair sur ce point là, je ne mets en aucun cas l’ensemble des hommes de cette planète dans le même panier, jamais. J’avais simplement envie de partager avec vous mon expérience sur le sujet, témoigner de ce que je vis au quotidien & de pousser une petit gueulante. C’est chose faite ! 🙂

 

Et vous les filles, le harcèlement de rue vous arrive régulièrement ? Racontez nous, témoignez sur Histoiredeuxsoeurs !

(*)Sources :
>http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/
>http://www.20minutes.fr/societe/1587751-20150416-harcelement-transports-100-femmes-deja-victimes

2 Comments

  1. Une solution possible: les cours de self-défense permettront de te tranquilliser car tu sais que tu es capable d’intervenir au cas ou ça devient dangereux 😉 En espérant de pas avoir à t’en servir

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